ANETA IVANOVA

Revenir à soi, quand on a fait un long voyage au bout d’un songe. Les bagages remplis de charmes et de chimères. Avoir peuplé le sol d’empreintes d’autrui sans visage, aux mains versatiles et aphones, à la voix arbitrée d’illusion.  Avoir traîné les souliers au sein d’impasses sans bon sens. Avoir navigué sur des bateaux qu’on se monte, qui lèvent les voiles des yeux pour fendre les flots et s’échouer sur les lèvres.   

Revenir à soi, quand on a fait le tour d’un monde. Quand on a vu le ciel pleuvoir des blessures et se cogner contre vents et narrés. Avoir suivi l’orage, exaucé sa foudre, bu ses gorgées comme paroles authentiques, d’évangile et de véridiction. Avoir béni les mots. Ceux qui s’inventent. Ceux qui dessinent une histoire en trompe-l’œil. Ceux qui s’inventent des mirages. Les maux qui romancent.

Revenir à l’essentiel, au bout d’un temps fleuri de nuits et de saisons. Réapprendre à parler l'âme. Mûrir l’avoir en décalquant l’étais. 

Vieillir.   

 

Catielle

Crédit photo :  ANETA IVANOVA